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Mon rêve
par Alain Chevillat


Je fais un rêve, celui de la société de mes rêves. Je l’ai vécu, un jour que Chandra Swami était à Chardenoux.

Nous étions tous réunis sous le chapiteau, peut-être deux cent cinquante personnes. Swamiji écrivait la réponse à une question. La tente était ouverte sur une belle nature d’arbres et de prairies, avec des moutons dont on entendait, parfois, quelques bêlements, et de nombreux chants d’oiseaux. Tout le monde était immobile et en silence, absorbé.

J’étais assis sur le côté, je voyais Swamiji penché à écrire sur sa feuille, l’assemblée intensément présente, et la beauté du cadre. Est alors montée en moi une émotion profonde. « Que c’est beau. Quelle paix, quelle plénitude. Que peut-on vouloir de plus ? De quoi d’autre a-t-on besoin ? Tout est là. » Devant un constat si révolutionnaire, je cherchais la faille de la pensée : « Peut-être faut-il juste, en plus, un jardin pour produire quelques légumes et quelques fruits, un toit pour abriter un lit, quelques vêtements et quelques livres. Pourquoi s’encombre-t-on de tant de choses, et pour les acquérir faut-il faire tant de choses qui nous prennent notre temps et nous polluent profondément ? Ce n’est que de Cela qu’on a vraiment besoin. »
C’était sous mes yeux, c’était évident. C’était cela la Vraie Vie. Dans cette assemblée immobile, l’intensité de la vie était tangible.
J’ai « vu » que c’est ainsi que vivaient les sages, les rishis*, de l’Inde ancienne. Ils avaient choisi une vie matérielle simple pour ne pas s’encombrer l’esprit, et pouvoir se consacrer à l’essentiel. Ils n’avaient développé aucune technologie malgré une connaissance profonde dans tous les domaines. A la question : « Qu’est-ce que je veux vraiment ? », ils avaient répondu : « Le bonheur », avec cette juste compréhension qu’il n’est donné par aucune acquisition, mais se trouve seulement dans le contentement et l’enracinement dans l’être. Ils avaient la vision juste, et leur détermination était orientée dans la bonne direction...